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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 20:00

drjekyllUn monstre rôde dans les brumes victoriennes de Londres. Il a piétiné une fillette, tué un député et boxé une marchande d'allumettes. C'est un petit homme difforme et mal habillé, qui inspire à tous ceux qui l'ont vu des sentiments mêlés de répulsion, de crainte et de haine. À quoi, à qui ressemble-t-il ? Pourquoi les témoins oculaires de ses méfaits sont-ils incapables de décrire Mr Hyde ? Pourquoi Mr Utterson, le notaire du Dr Jekyll, est-il hanté par le testament de son client, au point de faire des cauchemars ? Pourquoi se lance-t-il sur la piste de Hyde, dans une partie de cache-cache funeste aux dimensions d'une ville labyrinthe ? Quel lien, en définitive, unit Dr Jekyll à Mr Hyde ? Issu d'un cauchemar de son auteur, et salué dès sa parution par Henry James comme un "chef-d'oeuvre de concision", ce roman policier en trompe-l'oeil, dont les récits imbriqués débouchent sur un conte fantastique, réserve une surprise de taille au lecteur, et de nombreuses zones d'ombre. Dès 1886, Stevenson plonge dans les profondeurs déformantes du miroir de l'âme humaine jusqu'aux racines de l'inconscient.

 

Cette nouvelle de Stevenson est un classique qui a énormément inspiré le monde du cinéma. Il est même possible d’affirmer que ce récit est le premier vrai thriller psychologique. La double personnalité du Dr Jekyll n’est pas mise en évidence de manière flagrante mais lentement pour permettre au lecteur d’avoir le temps de s’y accoutumer avant d’en prendre conscience.

Le récit est narré par Monsieur Utterson, notaire du Dr Jekyll. Il débute pendant une promenade où Monsieur Einfields raconte un événement choquant à son cousin Monsieur Utterson. C’est Mr Hyde qui se cogne à une petite fille, au coin d’une rue, la bouscule et lui passe dessus, la piétinant. La nouvelle début par le narrateur se faisant expliquer une sordide histoire mettant en scène Mr Hyde. Ce n’est que plus tard que nous aurons l’occasion de faire connaissance du Dr Jekyll.

Est-ce une autre personnalité du Dr Jekyll qui prend le dessus, une personnalité refoulée pendant son enfance, ou est-ce la folie qui prend le dessus d’un homme vieillissant ? Bien que l’auteur, à mon avis, veuille laisser des fausses pistes aux attraits fantastiques, il met en place l’égarement psychologique d’un homme, qui par des manipulations chimiques arrive tant bien que mal à trouver une solution temporaire à son mal. Peut-être a-t-il trouvé la formule d’un remède psychiatrique, toujours est-il qu’une accoutumance se fait et que les conséquences sont une insensibilité au produit. La maladie prend le dessus et dans un dernier sursaut de lucidité, le Dr Jekyll se donne la mort.

Stevenson possède une écriture belle et travaillée, ne laissant aucune place à des lourdeurs et des longueurs, le récit étant suffisamment court pour admettre le contraire. Cette étrange affaire finit sur un aveux édifiant écrit de la main du Dr Jekyll avant son suicide.

Robert Louis Stevenson pose les premiers pavés d’un genre nouveau, le thriller psychologique contemporain. Un classique à lire absolument…

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 08:40

ileautresorTout va changer dans la vie du jeune Jim Hawkins le jour où le « capitaine », un vieux forban taciturne et grand amateur de rhum, s'installe dans l'auberge de ses parents, à « L'Amiral Benbow ». Jim comprend vite que cet étranger n'est pas un client ordinaire. En effet, lorsqu'un effrayant aveugle frappe à la porte de l'auberge isolée, apportant au marin la tache noire symbole des pirates et synonyme de mort, la chasse au trésor a déjà commencé !

 

Le jeune Hawkins aide ses parents à tenir une auberge sur la côte. Ils accueillent Billy, un vieux loup de mer bougon, mais ce dernier reçoit un avertissement d’une bande de malotrus menés par Pew, un aveugle, et meurt dans les instants qui suivent. Hawkins accompagné de sa mère fouille alors le coffre de Billy et découvre un mystérieux paquet. Après avoir fui la bande de pillards de l’aveugle Pew, il se retrouve chez le châtelain en présence du Docteur Livesey à découvrir dans ce paquet une carte menant à un trésor. Le châtelain décide de monter une expédition et quelques semaines plus tard, à Bristol, l’Hispaniola appareille. L’équipage est au complet mais les apparences sont trompeuses, et le cuisinier à la jambe de bois, Long John Silver, n’est peut-être pas celui que l’on croit.

L’un des principaux atouts de ce roman est la fluidité de l’écriture qui coule au gré des courants sans résistance. Dès les premières pages, le récit est entraînant, haletant, épique et le personnage principal, Jim Hawkins est particulièrement intéressant à suivre. Il est facile pour le lecteur de s’identifier à ce jeune héros. Un adolescent aux traits de caractère faits de paradoxes, il est peureux, mais téméraire, irréfléchi parfois, prend le temps de peser le pour et le contre d’autres fois. Il devient alors extrêmement aisé pour les jeunes lecteurs de s’identifier à ce garçon enthousiaste qui a des défauts, mais qui a un bon cœur, est généreux et fait preuve d’initiative irraisonnée. Aussi, Stevenson propose un texte qui sent l’aventure, facile à lire, mené à un rythme passionné.

Un classique de la littérature pour les jeunes et les moins jeunes, à découvrir ou à redécouvrir, à nous faire rêver, sur le pont d’un navire, entouré de pirates.

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 09:20

belamiLe monde est une mascarade où le succès va de préférence aux crapules. La réussite, les honneurs, les femmes et le pouvoir : le monde n'a guère changé. On rencontre toujours - moins les moustaches - dans les salles de rédaction ou ailleurs, de ces jeunes aventuriers de l'arrivisme et du sexe.

Comme Flaubert, mais en riant, Maupassant disait de son personnage, l'odieux Duroy : «Bel-Ami, c'est moi.» Et pour le cynisme, la fureur sensuelle, l'athéisme, la peur de la mort, ils se ressemblaient assez. Mais Bel-Ami ne savait pas écrire, et devenait l'amant et le négrier d'une femme talentueuse et brillante. Maupassant, lui, était un immense écrivain. Universel, déjà, mais par son réalisme, ses obsessions et ses névroses, encore vivant aujourd'hui.

 

Que dire ? C'est un chef-d'oeuvre. Ce roman se lit très facilement et avec beaucoup de plaisir. L'écriture est très fluide. L'histoire de ce Georges Duroy, un opportuniste dans le travail, avec les femmes, dans les relations sociales, est magnifiquement bien menée. Sa vie est d'un réalisme poignant et tantôt, on l'aime, tantôt, on le déteste. Si vous n'êtes pas habitués à lire des romans classiques, ou que vous n'aimez pas les lire, la nostalgie des cours de français au lycée vous obligeant à changer de rayon dans votre librairie, je vous conseille tout de même très fortement de vous procurer un exemplaire de Bel-Ami et de le dévorer. Vous commencerez tranquillement la lecture et très vite, vous l'engloutirez.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 19:10

dernierjourcondamne

«Encore six heures et je serai mort. Est-il bien vrai que je serai mort avant la fin du jour?» Bientôt, sa tête roulera dans la sciure. Jugé, emprisonné, enchaîne, il attend dans l'épouvante. Sa grâce lui a été refusée. «J'ai peur» - et notre peur grandit avec la sienne. L'aumônier viendra, puis les assistants du bourreau. Il montera dans la charrette, traversera la foule hideuse buveuse de sang. Au bout de la marche au supplice, l'apparition de la guillotine, et l'échelle qui mène à l'échafaud. On dit qu'on ne souffre pas, que c'est une fin douce, mais qui le sait?

On ne sait rien de cet homme que la justice va assassiner, sinon qu'il est trop jeune pour mourir. Avec lui, nous vivons ce cauchemar, cette absurdité horrifiante de la peine capitale que personne avant Victor Hugo n'avait songé à dénoncer.

 

Quelle belle manière aura utilisé Victor Hugo pour combattre cette absurdité qu'est la peine capitale encore en application dans bien des pays. Ce texte est écrit à la première personne, nous nous retrouvons à la place de ce condamné dont on ne connaît, ni son âge, bien que l'on comprenne qu'il est trop jeune pour mourir, ni son nom, ni son travail. Il a une famille, une femme et une petite fille. Au delà de sa mort, il dénonce aussi la souffrance de sa famille.

De ce condamné, nous ne connaissons que sa condamnation, la peine capitale. La guillotine, inventée pour rendre à la mort sa dignité, dont l'inventeur se verra refuser le brevet par la France, encore une contradiction "à la française".

Nous ne saurons pas quelle faute aura t-il commis, mais mérite t-elle la peine capitale. Qui mérite la mise à mort ?

Ce dernier jour est horrible, trop vite passé. Les acteurs de cette mise à mort sont autour de ce condamné, soudain respectueux, craintif, ils vont lui voler sa vie, lui ôter ce que nous avons de plus cher.

Victor Hugo nous emmène dans les geôles, sales et impersonnelles, ou les condamnés, les célèbres comme les anonymes, essayent de laisser une trace de leur passage sur cette terre.

C'est poignant, mais c'est loin d'être de la fiction. La France n'a aboli la peine capitale qu'en 1981. Combien d'hommes et de femmes auront eu la tête tranchée pour un crime qu'ils auront commis ou pas. Victor Hugo nous délivre non pas une nouvelle, mais un cri de rage, de désespoir, contre la bêtise humaine.

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 18:31

horla Ce volume de récits fantastiques, pour la plupart écrits de 1882 à 1887, Maupassant ne l'a pas lui-même composé. A les lire à la suite, rassemblés selon leur ordre de publication, on comprendra mieux cependant que le fantastique est une constante de l'oeuvre - et qui est apparue très tôt : contrairement à ce qu'une certaine légende a fait croire, Maupassant, bien que la folie l'ait terrassé à la fin de sa vie, n'a pas écrit sous sa dictée.
Mais s'agit-il vraiment de fantastique ? Rien de surnaturel ici, ni de merveilleux. Mais des histoires qui font place à l'angoisse et à la cruauté, à la folie et à la peur, à la division de l'être qui s'analyse avec lucidité.
Le génie de l'auteur est alors de rendre son lecteur captif, d'agir sur sa conscience et de lui faire croire avec naturel et simplicité que ce fantastique intérieur, cohérent et logique, est aussi la vie ordinaire, mais devenue soudain étrange.

 

Ces récits sont extrêmement bien écrits. On prend plaisir à les lire. Les nouvelles ne relatent en aucun cas des histoires fantastiques mais plutôt la peur et l'angoisse de l'homme face à l'inconnu et aux superstitions. L'approche est bien maîtrisée et on se retrouve à sourire devant l'absurdité des croyances et des craintes qui font tressaillir même les plus costauds des hommes. Bien sûr, par rapport aux auteurs contemporains, ces histoires manquent d'énergie, mais pour l'époque, ces histoires devaient faire frémir d'angoisse les lecteurs. De les lire dans leur ordre de parution nous montre l'évolution de l'écrivain dans le domaine qu'il maîtrise de mieux en mieux, un vrai plaisir que de le lire à nouveau.

 

Le peuple est un troupeau imbécile, tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. On lui dit : "amuse-toi." Il s’amuse. On lui dit : "Vote pour l’Empereur." Il vote pour l’Empereur. Puis, on lui dit : "Vote pour la République. Et il vote pour la République."
Ceux qui le dirigent sont aussi sots, mais au lieu d’obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, c’est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l’on n’est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion.

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